18 03 2007
Promenade dominicale
Par Coralie, à 22:40 | 952 lecteurs | Promenades dans le vaste monde
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#365
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Tags: ballade
J'aime le cote ambigu du Pere Lachaise, qui oscille entre cimetierre, musee en plein air et promenade romantique.
L'histoire du lieu est lui aussi epique!
Cette colline change de nom selon la logique des temps. Champ-l'Eveque au Moyen-Age (ce vaste terrain cultive appartient alors a l'Eveque de Paris. Legumes cerales et raisins sont ensuite vendus sur les marches de la capitale), Mont-aux-Vignes au XIIeme siecle (un pressoir est installe, on y produit du vin), plus tard, alors que les Jesuite en font un lieu de repos: Mont-Louis (le jeune Louis XIV serait venu observer les combats lors de la Fronde de ces hauteurs). Le confesseur de Louis XIV, qui y sejournera jusqu'a sa mort, lui donnera son nom definitif: il s'agit de Francois d'Aix de la Chaise, dit Le Pere Lachaise.
Les Jesuites furent par la suite obliges de ceder le terrain. Succession d'acquereurs, le terrain tombe a l'abandon.
En 1765 passe une loi interdisant les cimetierres en ville. Ceux de Paris etaient satures, il avait deja fallu transferer deux millions de squelettes de nuit, a la lueur des flambeaux du charnier des Innocents jusque dans les Catacombes. Spectacle cauchemardesque que ces chars funeraires recouverts de draps noirs, accompagnes de pretres en blanc officiant les morts. Tout est decharge en vrac, sans compassion dans les aglleries souterraines.
Napoleon, alors consul, tranche: "chaque citoyen a le droit d'etre enterre, quel que soit sa race ou sa religion". Choc pour l'epoque: Catholiques, Juifs, Musulmans, Protestants.... seront enterres cote a cote. On note aussi sur les tombes l'appartenance a d'autres cultes: je croise quantite de double equerres, symbole de la Franc-Maconnerie. Sans compter les references grecques, egyptiennes: obelisques (comme sur la tombe de Champollion), sphynx (sur la sepulture d'Oscar Wilde)...
Napoleon continue de revolutionner le systeme. Les regles d'inhumation sont strictes, il faut limiter au possible les risques d'epidemie: suaire, cercueil, pose de corps cote a cote (et non plus l'un sur l'autre), ventilation des caveaux. C'est Brongniart, le futur architecte du palais de la Bourse, qui se voit charge des travaux. Il visualise un immense jardin a l'anglaise, promenade plantee d'arbres, destinee autant a se recueillir qu'a oublier le quotidien au milieu des allees plantees d'arbres. Il y sera d'ailleurs enterre.
Malgre l'accent porte au charme et a la poesie de l'endroit... C'est d'abord un fiasco. Les Parisiens boudent le cimetieres: trop loin de la capitale, trop populaire, trop pauvre. A la fin de la premiere annee, 1804, on n'y compte que 13 tombes. 44 l'annee suivante. 49 en 1806, 833 em 1812 sur ....17 hectares de terrain! Il faudra une operation publicitaire d'envergure de la part de la Mairie de Paris pour seduire la bourgeoisie: en 1817, on y amene les depouilles d'Heloise et Abeliard, les celebres amants, et surtout de Moliere et Lafontaine. Succes: en 1830, 33000 tombes. Bourgeois et nobles s'y bousculent, engagent des architectes pour construire des caveaux mirobollants, certains meme de petites eglises.
Tous les styles y sont representes, fer forge, marbre veine, pompeux ou discret, caveau, chapelle , mausolee... mais aussi colonnes, urnes, amphores, gothique, roman, renaissance, classique.
Et dans les chapelles, de magnifiques vitraux. Je suis stupefaite par le nombre de vitraux brises, disparus, arraches: il n'en reste en fait que 5% du parc originel! Malheureusement, chaque tombe reste la propriete de l'individu et de sa descendance, l'etat ne peut intervenir pour restaurer ou proteger de l'abandon. J'imagine que d'ici une vingtaine d'annees, ils auront tous disparu:
J'apprecie que certaines tombes toutes simples soient mises en valeur par le Souvenir Francais. Les medailles attirent le regard, on s'arrete, on prete une pensee a ceux qui se sont battues pour leur pays, pour leurs valeurs, ou simplement parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix.

Pour finir sur une note gaie, quelques faceties trouvees au details des sentiers:
De tres belles galleries photos du cimetiere la, la et encore la.
Tout pres du Pere Lachaise, vous trouverez egalement une adresse ou il fait bon bruncher, le Coffee House Troubadour, avec du delicieux pain au sesame fait maison, servi tout chaud, un cocktail pomme-framboise-menthe, de la confiture de petales de roses, d'abricot rouge, une assiette chaude tres britannique, du lait de poule, cafe a volonte... Et surtout un chef fascinant, passionne de Moyen-Age qui quittera sa cuisine pour vous raconter les troubadours, les recettes servies dans les califats de l'epoque, la poesie persane... En fond sonore, chants baroques, gregoriens... Une atmosphere hors du temps, des petits plats succulents. Le samedi soir sont organises des concerts tres varies: musique a theme hebraique, chants anciens... N'imaginez pas une atmosphere guindee, ici, vous etes accueillis comme les meilleurs amis du monde et chouchoutes, et la bonne humeur est de mise:

D'ailleurs vous pourrez nous y retrouver lors de notre prochain passage a Paris pour deguster une Fin Amor (les chansons des troubadours dediees a l'amour courtois sont ici transposees en poire a la framboise et menthe fraiche) ou d'hypocrace (vin rouge chaud releve de cannelle, badiane, gingembre, clous de girofles, sucre, poivre et muscade). Cheers!
Troubadour Coffee House
70 bd de Menilmontant
Paris 20eme
Tel: 01 47 97 21 08
http://www.troubadourcoffeehouse-paris.com



Commentaires
#1 - Le samedi 31 mars 2007 à 10:37, par Aurélie
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